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La mention DR, des origines aux abus

Le DR a été inventé parce que l'absence de crédit est un délit

La mention DR signifie droits réservés, et elle a été imaginée au départ pour publier des photos à valeur historique, après la guerre, photos dont l'auteur était inconnu et possiblement décédé. Mais aujourd'hui les pages des journaux en tous genres voient fleurir les mentions DR en lieu et place du nom de photographes bien vivants, et souvent faciles à retrouver.

Le DR, lorsqu'il est utilisé conformément aux intentions du législateur, permet de publier des œuvres orphelines. La mention signifie clairement que son utilisateur, éditeur, agence de publicité ou autre, met en réserve le montant supposé des droits d'auteur au cas où l'auteur se manifeste et établisse sa paternité sur l'œuvre.

Ainsi, à l'origine, le DR protégeait les photographes, tout en facilitant le droit d'informer.

Si l'utilisation du DR peut se comprendre dans de rares cas, sa prolifération est inadmissible. Rien ne peut la justifier, si ce n'est la volonté de faire de substantielles économies sur l'iconographie (recherche des auteurs, vérification pour légendes, montant des droits d'auteur), les salaires (piges) et l'administratif (établissement d'une pige et règlement).

Aujourd'hui, l'utilisation est devenue si abusive qu'elle a été surnommée « Droit à Rien », et que les cas les plus loufoques se multiplient. Ainsi, de Maître Eolas interviewé par La Croix, le journal publiant une copie d'écran de la page d'accueil de son blog avec la mention DR (retirée rapidement après publication de l'information sur le blog de Maître Eolas).

Ou encore, à rire ou pleurer, la photo de Marc Riboud, montrant une jeune fille qui proteste avec une fleur contre la guerre du Vietnam, publiée par Midi libre sous la mention DR. On peut difficilement faire plus célèbre comme photo et même en étant de mauvaise foi, il est difficile de prétendre pour un éditeur de presse ne pas connaître l'auteur. Mais, comme il l'explique lui-même « je ne peux pas courir après toutes mes photos ».

Une mention DR signifie que le photographe n'a pas été payé ; il le sera, certes, mais seulement s'il se manifeste. L'obligation d'indiquer son nom (crédit) est également bafouée puisque l'auteur est en général connu, désormais. L'absence du nom est pratique pour le journal car, de cette manière, l'auteur de la photo a moins de chances de la retrouver.

Le DR permet en outre de ne pas risquer grand-chose au cas où le photographe retrouve sa photo. Il ne pourra alors que facturer un usage simple, assorti d'une pénalité pour publication non autorisée, mais ne pourra pas facturer l'absence de crédit ; puisque l'image est créditée DR.

C'est du moins l'idée qu'on en a généralement. En fait, le DR n'empêche nullement les poursuites pour contrefaçon, il complique simplement un peu l'affaire, car il faut établir la mauvaise foi du journal. Encore que ce point soit discuté, et qu'il semble que même dans un cas de bonne foi le DR fasse encourir des risques, puisque le CPI stipule qu'avant de diffuser une œuvre, on doit avoir l'accord de son auteur.

Sans aller jusque là, il suffira en pratique de démontrer que des recherches d'une ampleur raisonnable auraient suffi à retrouver l'auteur, que son nom était apposé sur la photo ou à proximité ou encore… qu'il a déjà travaillé pour ledit journal.

Le risque de procès étant cependant limité (peu de photographes passent à l'acte), celui d'être retrouvé faible, il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour voir les nombreux avantages pour une presse aux abois.

L'UPP (Union des Photographes Professionnels) s'est adressée au parlement pour faire voter une loi.

Bien que je vous invite à participer à l'action de l'UPP, je propose d'autres voies d'action. Comme nous allons le voir dans de prochains articles, le DR comporte des aspects méconnus ou négligés, au plan comptable, et au sujet de la valeur des informations publiées par le journal.

En attendant, si vous vous en sentez le courage, attaquez systématiquement en cas de DR. Et, au minimum, facturez au prix fort (conformément à vos CGV cependant).

Précisions sur le blog de Joëlle Verbrugge :
> Comment agir en cas de DR : D.R. encore… chose promise…
> Communauté anti DR sur Facebook
> Pétition UPP (Signez la proposition de loi 441
> Le SNAPIG (Syndicat National des Agences Photographiques d'Illustration Générale) se mobilise également et diffuse des informations.

Didier Vereeck.

 

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